J'ai failli renoncer à ce chien deux fois. La première, quand mon basset artésien normand a décidé que la piste d'un chevreuil valait plus que mon rappel, en pleine lisière de forêt, un dimanche de novembre. La seconde, trois mois plus tôt, quand j'ai compris que ce petit chien à pattes courtes allait me coûter bien plus cher que prévu en véto. Et pourtant, cinq ans plus tard, je ne le donnerais pour rien au monde. Voilà pourquoi je me suis senti obligé d'écrire cette page : parce que la plupart des fiches sur le basset artésien normand répètent toutes le même copier-coller de standard, sans jamais dire ce qui compte vraiment quand on vit avec lui.
Le basset artésien normand, c'est un chien courant français de petite taille, 30 à 36 cm au garrot pour 17 à 22 kg environ, robe à poil ras, oreilles longues et tombantes. Ça, c'est la théorie. La réalité, c'est un nez qui ne s'arrête jamais, un dos qu'il faut surveiller comme le lait sur le feu, et un caractère qui vous teste chaque jour. Je vais vous raconter ce que j'ai appris en le vivant, chiffres en main.
Points clés à retenir
- Origine française, croisement du Basset d'Artois et du Basset normand, standard FCI fixé en 1992 (groupe 6, n° 34).
- Chien de meute avant tout : nez fin, obstiné, gai — pas un simple toutou de canapé.
- Point faible numéro 1 : le dos. Corps long sur pattes courtes = risque de hernie discale.
- Oreilles tombantes = otites à répétition si on ne les surveille pas.
- Budget réel : comptez en moyenne 800 à 1 500 € à l'achat, puis un coût annuel non négligeable.
- Espérance de vie souvent citée autour de 12 à 14 ans, mais elle dépend surtout du poids tenu.
Le basset artésien normand : la fiche d'identité sans enrobage
Quand je dis "petite taille", les gens imaginent un chien de salon. Erreur. Le basset artésien normand est un chien courant au sens le plus littéral : il a été sélectionné pour chasser le lapin en meute, pas pour décorer un appartement. Sa morphologie – pattes courtes, corps allongé, poitrail descendu – lui permet de tenir une piste au ras du sol pendant des heures. Ce n'est pas un hasard anatomique, c'est un outil de travail.
Origines et standard
La race descend d'un croisement entre le Basset d'Artois et le Basset normand. Le standard officiel de la FCI a été fixé en 1992 et la classe en groupe 6, section 1, sous le numéro 34. Concrètement, ça veut dire chien courant, et ça vous dit tout sur son tempérament avant même de le rencontrer.
Ce que le standard ne vous dit pas
Le papier parle de "robe tricolore ou fauve et blanc", de "queue en sabre", d'"oreilles tirebouchonnées". Fort bien. Mais aucune fiche ne vous prévient que ce chien peut passer trente minutes le nez collé à une touffe d'herbe, totalement sourd à votre voix. Ce n'est pas de la mauvaise volonté. C'est sa nature. Si ça vous agace, changez de race tout de suite.
Caractère : gai, affectueux… et têtu comme une mule
Le mot "obstiné" revient dans toutes les descriptions, et ce n'est pas une clause de style. La première fois que mon chien a posé le nez sur une piste, j'ai crié son nom pendant deux minutes sans obtenir l'ombre d'un regard. Il m'a fallu des mois pour comprendre que je ne lutterais jamais contre son instinct de chien de meute. J'ai dû travailler avec, pas contre.
Cela dit, à la maison, c'est un autre animal. Affectueux, pot de colle, capable de dormir dix-huit heures par jour entre deux sorties. Gai, oui. Collant, aussi. Et cette dualité – molasson au salon, forcené en extérieur – déroute pas mal de propriétaires qui attendaient un chien "tranquille".
Comment gérer un nez qui commande le cerveau
- Le rappel se travaille tôt, avec des récompenses, et se renforce toute la vie.
- Ne jamais lui laisser une piste de gibier à suivre librement sans longe au début.
- Le jeu de pisteur artificiel (à la truffe) le fatigue plus qu'une heure de balade.
Franchement, un basset artésien normand sans activité olfactive, c'est un chien frustré. Et un chien frustré, ça creuse, ça aboie, ça fugue.
Santé : ce qui guette vraiment un basset artésien normand
Voilà le passage que j'aurais aimé lire avant. Les problèmes de santé d'un basset artésien normand ne sortent pas de nulle part : ils découlent directement de sa morphologie.
Le dos, talon d'Achille numéro un
Corps long, pattes courtes, colonne vertébrale sous tension. Résultat : une prédisposition aux hernies discales. Mon vétérinaire m'a mis en garde dès le premier rendez-vous. Le moindre saut du canapé ou de la voiture peut devenir un problème. Un chien qui se met soudain à traîner les pattes arrière ou à gémir en se levant, c'est une urgence, pas un coup de fatigue. Personnellement, j'ai installé une rampe pour la voiture et interdit le canapé. Deux petits investissements qui m'ont évité des séances de kiné canin.
Otites et obésité : les deux autres pièges
Ses longues oreilles tombantes bloquent la circulation d'air dans le conduit auditif. Un terrain idéal pour les otites. Je nettoie les siennes une fois par semaine, et j'ai stoppé net une infection en surveillant une odeur inhabituelle. Quant à l'obésité, c'est le piège classique de tout chien bas sur pattes : chaque kilo en trop pèse directement sur le dos. Un basset en surpoids est un basset en danger. La balance est votre meilleure alliée, pas votre ennemi.
Espérance de vie : Basset artésien espérance vie
On cite souvent 12 à 14 ans pour un basset artésien normand. Mais cette fourchette vaut pour un chien maintenu à un poids correct et suivi. Un chien obèse avec un dos abîmé, c'est une espérance de vie qui fond. J'ai vu des bessets de 15 ans alertes et un de 9 ans déjà cassé de partout. La différence ? Le poids, l'exercice régulier et la surveillance.
Basset artésien normand vs Basset Hound : arrêtons la confusion
On me confond sans arrêt les deux. Pourtant ce sont des races distinctes, et le basset artésien normand est plus léger, plus nerveux. Si vous hésitez entre les deux, ce tableau fait le tri.
| Critère | Basset artésien normand | Basset Hound |
|---|---|---|
| Origine | France | Grande-Bretagne |
| Taille au garrot | 30–36 cm | 33–38 cm |
| Poids | 17–22 kg | 20–29 kg |
| Robe | Tricolore ou fauve et blanc, poil ras | Souvent bicolore, plus d'os |
| Tempérament | Vif, nerveux, fonceur | Plus lent, plus placide |
Le Hound a plus de masse, plus d'os, des oreilles encore plus longues. Le Normand, lui, reste un chien de travail français, plus léger sur pattes. Les deux sont têtus. Les deux ont le nez en tête. Mais ne les confondez pas quand vous cherchez un chiot : vous risquez de payer le prix d'une race pour l'autre.
Prix, budget et adoption : ce que ça coûte réellement
Bon, on parle chiffres. À l'achat chez un éleveur sérieux, comptez en moyenne 800 à 1 500 € pour un chiot basset artésien normand, avec pedigree et tests de santé des parents. En dessous, méfiance : soit pas de papiers, soit un élevage qui ne fait pas tester les hanches ni le dos. Et c'est précisément le dos que vous financez à long terme.
Une amie a adopté un "basset artésien normand pas cher" à 400 € chez un particulier. Deux ans plus tard, opération de hernie discale : plus de 1 200 € de facture. Elle aurait mieux fait de payer le chiot plus cher d'origine.
Le budget annuel réel, hors achat
- Vaccins et suivi véto : environ 150 à 250 € par an.
- Alimentation de qualité : 400 à 600 € selon le poids et la marque.
- Assurance santé animale : 20 à 40 € par mois, soit 240 à 480 € par an.
- Entretien (shampoing, nettoyant oreilles, panier, rampe) : variable, mais prévoyez 100 € la première année.
Total réaliste : 900 à 1 400 € par an, hors accident. C'est le prix d'un chien de chasse devenu chien de compagnie, avec les fragilités qui vont avec.
Basset Artésien Normand à donner ou à la SPA
Oui, on trouve régulièrement des bassets artésiens normands à donner ou via la SPA. Souvent des chiens de chasse réformés, ou des chiens dont les propriétaires sous-estimaient le besoin de dépense et de travail olfactif. Si vous passez par là, prenez le temps de vérifier l'état de son dos et de ses oreilles : un chien de refuge peut porter des problèmes non diagnostiqués. Un basset récupéré peut devenir un excellent compagnon, à condition de savoir à quoi vous vous engagez.
Éducation et dépense : le nerf de la guerre
Un basset artésien normand n'obéit pas par soumission. Il obéit quand ça lui semble intéressant. J'ai mis des mois à l'accepter, puis j'ai arrêté de me battre contre sa nature. J'ai commencé à récompenser chaque rappel, même imparfait, avec une friandise de grande valeur. En trois semaines de travail quotidien, mon taux de rappel en environnement calme est passé de 30 % à 80 %. En forêt, on est redescendu à 50 %. C'est la réalité d'un chien de meute.
Côté dépense, oubliez les longues courses : ses pattes courtes et son dos ne supportent pas le jogging. Privilégiez deux à trois balades quotidiennes, dont une avec du flair, et un jeu de pistage à la maison. Fatigué mentalement, il dort paisiblement. C'est votre tranquillité qui en dépend.
Faut-il vraiment choisir un basset artésien normand ?
Je vais être honnête, et un peu partial : oui, si vous acceptez trois choses. Un, ce chien suit son nez avant votre voix. Deux, son dos impose des règles et un investissement véto à prévoir. Trois, ce n'est pas un chien de canapé décoratif, même s'il en a la bouille. Si ces trois points vous font fuir, orientez-vous vers une race plus placide, et surtout pas un basset artésien normand.
Mais si vous cherchez un compagnon gai, affectueux, capable de vous faire rire dix fois par jour et de vous tenir en haleine d'un bout à l'autre d'une forêt, alors ce petit chien français vous le rendra au centuple. Le mien a dix-huit surnoms et un seul vrai défaut : il ne rapporte jamais la balle, parce qu'il a décidé que la balle, ce n'était pas son problème. Et franchement, à part ça, je le garde.