L'origine du piercing remonte à plus de 5 300 ans : Ötzi, l'homme retrouvé en 1991 dans un glacier des Alpes, portait déjà des lobes percés de 7 à 11 mm. Chaque perçage de studio vient d'une tradition datée et située : voici les 7 principales, leur sens, leur entrée dans la mode et trois légendes encore répétées.

1. Le lobe percé, d'Ötzi à l'Égypte des pharaons

Ötzi (vers 3300 av. J.-C.) porte le plus ancien perçage attesté, au lobe. Les plus anciennes boucles connues sortent du cimetière royal d'Ur, en Sumer, vers 2550 av. J.-C. En Égypte, la mode arrive de Nubie ; sous la XVIIIe dynastie (vers 1400 av. J.-C.), rois et hommes ont les oreilles percées, la boucle d'or signale le rang et protège.

En Occident, la boucle à clip des années 1920 l'éclipse ; il revient dans les années 1960, d'abord chez les hommes gays.

2. Le piercing au nez, du Moyen-Orient biblique au nath indien

En Genèse 24:22, Rébecca reçoit un anneau de nez en or. JAMA Dermatology (2013) situe la pratique au Moyen-Orient depuis plus de 4 000 ans, puis son essor en Inde au XVIe siècle, sous les Moghols ; d'autres historiens la datent du IXe ou du XIIIe siècle.

Le nath se porte à la narine gauche, marque le statut d'épouse et se retire au veuvage. Grand croissant de perles au Maharashtra, anneau relié à l'oreille par une chaîne au Rajasthan : il suit la tenue de mariée régionale, comme tout ce qui fait la mode d'un pays à l'autre. Arrivé en Occident dans les années 1990, le stud de narine est le perçage facial le plus demandé en France ; le nath, lui, défile à Cannes.

3. Le septum, des Bédouins aux Mayas puis aux punks

Bédouins, Berbères et Beja percent la cloison nasale ; à Carthage, hommes et femmes portaient des septums d'or ou d'argent dès le VIe siècle av. J.-C. Son sens est social et sacré : dot portable de l'épouse bédouine, insigne des seigneurs k'iche' percés à leur investiture. Les Mayas sculptent un percement du nez au Temple Nord du Grand Jeu de Balle de Chichén Itzá (Xe-XIIe siècle), et les Guna du Panama portent encore d'épais anneaux d'or.

L'Occident l'adopte par vagues : hippies des années 1970, punks des années 1980, puis le boom de 2015 (« tout le monde en a un ou en parle », Bustle).

4. Le plateau labial mursi et le mythe des vaches

Le disque labial a été inventé plusieurs fois : au Soudan et en Éthiopie dès 6000-5500 av. J.-C., en Mésoamérique vers 1500 av. J.-C. Chez les Mursi de la vallée de l'Omo, la jeune fille de 15 à 18 ans est percée par sa mère 6 à 12 mois avant son mariage. L'incision de 1 à 2 cm reçoit une cheville de bois, puis un plateau d'argile de 4 cm qui atteint plus de 20 cm.

La taille du plateau ne fixe pas le nombre de vaches de la dot. Ce mythe vient d'un livre de photos de Beckwith et Carter (1990) ; David Turton, anthropologue des Mursi pendant 30 ans, l'a réfuté.

5. Les lobes étirés maasai, ancêtres des plugs et des tunnels

Chez les Maasai du Kenya et de Tanzanie, le lobe agrandi au bois ou à l'os, puis orné de perles, marque le passage à l'âge adulte. Idem chez les Dayak de Bornéo ; le Bouddha est sculpté dès le Ier siècle avec des lobes allongés par ses bijoux de prince.

Plugs et tunnels arrivent en Occident vers 1985 et explosent dans les années 2010. Étirez par paliers de 1 mm, 4 à 6 semaines entre deux tailles : au-delà de 10 mm, le lobe ne se referme plus seul.

6. Le labret des Amériques, bijou de la parole noble

Sur la côte Nord-Ouest, les Haida et les Tlingit portent des labrets depuis 5 000 ans, réservés ensuite aux femmes de haut rang. Chez les Kayapo d'Amazonie, le plateau du chef Raoni accompagne l'art oratoire.

Chez les Aztèques, le labret d'obsidienne ou de pierre verte signale le noble autorisé à prendre la parole ; le labret en or en forme de serpent du Metropolitan Museum date de 1325-1521. La mode l'adopte avec le punk de la fin des années 1970, puis dans les années 1990, sous la lèvre inférieure, sur tige de 1,2 mm.

7. L'anneau d'oreille des marins européens

Depuis le Moyen Âge, les marins croient qu'un lobe percé améliore la vue, et l'anneau d'or sert à payer l'enterrement chrétien du noyé échoué. Aux XVIe et XVIIe siècles, Walter Raleigh, Shakespeare et Charles Ier portent la boucle masculine.

L'anneau revient dans les années 1980 : George Michael et les rockers portent une créole ou un anneau simple à une seule oreille.

Comment ces traditions sont devenues des tendances mode entre 1975 et 1993

Jim Ward, financé par Doug Malloy, perce à domicile dès 1975 et ouvre Gauntlet à West Hollywood le 17 novembre 1978, premier studio américain. Fakir Musafar théorise le « primitivisme moderne » (Modern Primitives, 1989). En 1993, Christy Turlington et Naomi Campbell défilent à Londres nombril percé. Aujourd'hui, 10 à 15 % des Occidentaux portent un piercing hors du lobe.

Tradition Plus ancienne trace Entrée dans la mode Lobe (Sumer, Égypte) Ötzi, vers 3300 av. J.-C. Années 1960 Nez, nath (Moyen-Orient, Inde) Plus de 4 000 ans Années 1990 Septum (Bédouins, Mayas) Carthage, VIe s. av. J.-C. Années 1980, boom 2015 Plateau labial (Mursi) 6000-5500 av. J.-C. Labret : punk fin 1970, années 1990 Lobes étirés (Maasai) Statuaire bouddhique, Ier s. Plugs, années 2010 Labret (Aztèques, Haida) Côte Nord-Ouest, 5 000 ans Punk fin 1970, années 1990 Anneau (marins européens) Moyen Âge Années 1980

Les erreurs fréquentes sur l'origine du piercing

Trois légendes viennent du pamphlet de Doug Malloy, Body & Genital Piercing in Brief. Le nombril réservé aux pharaons, le Prince Albert de l'époux de Victoria, les centurions romains et leur téton percé : aucune source ne les confirme.

Mon conseil : un stud de narine n'est pas un nath. Le nath de mariée en accessoire de festival, beaucoup de femmes sud-asiatiques le vivent comme une appropriation.

Dernier piège : l'os, le bois ou l'or des traditions ne conviennent pas à un perçage frais. Exigez du titane ASTM F136 ou de l'acier 316L. En France, le perceur déclare son activité à l'ARS et suit 21 heures de formation d'hygiène (décret n° 2008-149) ; le pistolet n'est toléré que pour le pavillon de l'oreille et l'aile du nez.